POV ErwanIl est 8h00 mais je n'ai déjà plus sommeil. La lumière filtre à travers les rideaux comme des cheveux d'ange, caressant doucement mon visage d'une chaleur matinale et agréable. Je passe la main dans mes cheveux ébouriffés, prends une profonde inspiration et me lève de mon lit.
C'est mon dernier jour de travail, après c'est les vacances.
Les vacances...
Je n'aime pas tellement ça car je n'ai rien à faire à part voir des amis de temps en temps quand ils viennent ici, c'est à dire très rarement en fait.
Je n'ai pas assez d'argent pour partir...
Ma famille (enfin, ce qu'il m'en reste) me donne bien quelque chose mais je préfère l'utiliser à des fins plus utiles.
Donc, je pense que ces 2 mois de vacances vont se dérouler d'une manière lente et monotone.
Sinon, je pourrais peut-être me trouver un job d'été.
Peut-être...
En ce moment, je travaille comme vendeur dans une boutique de fringues. Ce n'est pas très bien payé mais ça me convient. Je commence à 10h30 et finis à 16h45 avec une pause déjeuner donc, ça ne me prend pas tout mon temps non plus.
Je jette un coup d'½il à ma guitare, qui n'a pas bougé depuis la dernière fois que j'en ai fait, c'est à dire hier soir. Souvent, avant de me coucher, je la prends et je gratte des airs doux et calmes qui me viennent à l'esprit.
Me dirigeant d'un pas nonchalant dans la petite pièce qui me sert de cuisine, je me prépare un café. Je n'ai pas très faim, je ne suis pas un gros mangeur. Plutôt le contraire à vrai dire. Quand je suis instable psychologiquement, il m'arrive de me faire vomir. Mais c'est rare, il faut vraiment que j'aille mal, ce qui n'est pas le cas en ce moment.
Mon maigre petit-déjeuner avalé, je me prépare et sors.
Il est à peine 10h00, je suis en avance alors je m'assois sur un banc isolé dans un parc et j'allume mon i-Pod en laissant mon esprit vagabondé vers des pensées plus ou moins sombres.
Les branches des arbres s'agitent en rythme, bercées par la brise matinale qui refroidit un peu l'air, en cette première matinée d'été.
Le soleil pointe doucement mais sûrement le bout de ses rayons chauds de l'horizon. De l'autre côté, la lune s'apprête à partir mais pas pour longtemps, car, comme tous les soirs, elle réapparaîtra, toujours aussi belle et lumineuse.
Un sourire éclaire lentement mon visage.
Peut-être, finalement, que c'est une journée pas trop mal qui commence là.
Je finis par regarder les gens passer. Ils ne font pas attention à moi. Ils doivent plutôt se demander ce que je fous la.
Seul.
J'enfonce un peu plus mon chapeau noir rayé sur ma tête et ferme les yeux, histoire d'être un peu plus tranquille et de ne pas me préoccuper de ce qui se passe autours de moi.
10h25. J'émerge doucement et me lève de mon banc, prenant la direction de la boutique que je connais maintenant si bien.
La petite cloche métallique tinte joyeusement quand je pousse la porte qui grince un peu.
Seb est déjà là.
Seb, c'est un collègue. Un mec bien que je connais depuis un peu plus d'un an. Il m'adresse un grand sourire, ses longs cheveux blonds attachés négligemment dans une queue de cheval.
_Hey ! Ervy ! Comment tu vas aujourd'hui ?Voila donc Seb. Il a la fâcheuse manie de toujours m'appeler Ervy mais ça ne me dérange plus tellement maintenant. Je m'y fais et puis, finalement, j'aime bien.
_Ca va Seb, ça va. Et toi ? Avec Alixane ?Alixane, c'est sa copine. Je l'aime bien, elle est très sympa et elle vient aider à la boutique de temps en temps.
_Ca se passe très bien ! On a passé toute la journée d'hier ensemble et on s'est fait un resto.
_Sympa.
_Ouais, très. Bon, on a les jeans qui sont sur le comptoir, là, à ranger. Puis, il faut commencer à virer l'ancienne collection pour mettre la nouvelle. On a du boulot mec !Je souris faiblement et on se met au travail, la radio réglée sur Le Mouv' comme musique de fond.
POV KiraEncore une journée qui s'annonce mal. Hier, c'était la première et la dernière fois que j'embrassais Eléanore. Elle m'a plaqué pour un autre cette conne.
J'ai passé une super mauvaise nuit et ma mère ne trouve rien d'autre à faire que de m'engueuler de bon matin en disant qu'il faut que je range mes affaires et que je ne fiche rien, et que je suis un bon à rien et tout le tralala.
Honnêtement, maintenant je commence à avoir l'habitude.
Ca a commencé quand on est rentré d'Afrique, il y'a à peu près un mois. J'ai pensé que ce serait une bonne idée à ce moment là de leur faire part de ma bisexualité.
Mauvaise idée : ma mère m'en veut beaucoup (allez savoir pourquoi) et mon père ne me considère carrément plus comme son fils. Merci papa maman.
La seule chose qui m'inquiète c'est que depuis que leurs chevaux courent moins bien dans les tiercés, comme si les tensions régulières ne suffisaient pas, mon père ne trouve rien de mieux à faire que de rentrer bourré à la maison, au moins une fois sur deux ces temps-ci. J'ai peur que de très mauvaises idées lui passent par la tête. Surtout comme on ne s'entend plus très bien en ce moment, il pourrait en profiter pour...
Enfin bref, je me comprends...
Maintenant que je suis réveillé, je me lève, me lave, m'habille, prend un croissant et je sors vite fait avant que je me fasse engueuler une nouvelle fois. Franchement, pour aujourd'hui, j'ai eu ma dose.
Je me dirige instinctivement vers l'écurie, où je retrouve mon cheval, Ebène.
C'est un étalon noir qui va sur ses 5 ans. Je l'adore.
J'ai fais un concours avec lui la semaine dernière. Il m'a défoncé toutes les barres et on s'est fait éliminer mais ce n'est pas grave.
Je ne lui en veux pas, il est encore un peu jeune.
C'est mes parents qui n'étaient pas contents. Ils disent que je leur jette de l'argent par les fenêtres en ne rapportant même pas un prix et en plus, en me faisant éliminer.
Je pense qu'ils envisagent de vendre Ebène mais si jamais cette pensée leur effleure l'esprit, je ne les laisserai pas faire.
Personne ne pourra me le retirer.
Je flatte une dernière fois son encolure et je vais me promener en ville, histoire de me changer un peu les idées.
Toutes ces embrouilles moi, ça finit par m'énerver aussi.
Je prends ma veste, un paquet de clope caché dans ma chambre, entre mes vêtements et je sors.
Il n'est que 10h00. Elle m'a vraiment réveillé tôt ce matin ma mère. Moi qui comptais faire la grasse matinée, c'est mort.
J'avance les mains dans les poches, sans faire attention à ce qui se passe autours de moi.
Puis, en ayant marre de suivre les lignes du trottoir, je me décide à lever la tête. A cette heure là, les gens attendent tranquillement leur bus, le journal dans une main, la mallette en cuir dans l'autre.
Y'a un mec avec un chapeau qui écoute son i-Pod sur un banc dans un parc.
Une dame qui achète une glace à sa petite fille qui a des couettes et une robe rose toute mignonne.
Ca ne me va pas de dire ça. Mais je le pense.
Je tourne dans une ruelle que j'espère assez tranquille pour fumer seul. Je m'assois sur un petit muret et sors une malboro et un briquet ovale noir et j'allume ma clope.
Je tire deux ou trois taffes en faisant des ronds quand un gros abruti qui a décidé de me faire chier vient rompre ma tranquillité.
Il a intérêt à avoir une raison valide sinon il va retourner d'où il vient ce con.
Il s'approche, avec un petit visage rondouillard et une espèce de sourire supérieur qui me donne envie de gerber.
Il m'accoste brusquement.
_Eh la tapette ! File-moi ton briquet, tes clopes et dégage !La tapette...
C'est la première fois qu'on me la fait celle-là.
C'est mes cheveux ?
S'ils ne lui plaisent pas, qu'il aille se faire mettre.
Je continue ma clope, j'ai rien à lui dire à ce mec.
_Dis ma belle, tu m'écoutes ?
_Non je ne t'écoute pas ducon et d'abord, je ne suis pas ta belle. Pigé ?Son sourire disparaît pour laisser place à la fureur.
_D'où tu me parles comme ça toi ?
_Je te retourne la question.Il se précipite sur moi mais je suis plus agile et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, je suis derrière lui.
_Je suis là.Il se retourne et je lui balance mon poing en pleine figure. Il s'écroule en gémissant.
Je lui mets ma clope dans sa bouche, il m'a fait passer l'envie.
_Allez mec, ciao !Et je repars.
Je continue mon chemin. Il est presque 11h00 maintenant, le banc où était le mec au chapeau est libre à présent.
Je décide de m'y installer pour réfléchir.
Réfléchir à quoi ?
Allez savoir...
En ce moment, mon plus gros souci –mis à part que je fume en cachette et qu'il m'arrive des trucs bizarres quelques fois ce qui fait que je prends parfois des antidépresseurs-, c'est mes parents. Franchement, on est plus du tout sur la même longueur d'onde depuis quelques temps.
Surtout avec mon père en fait. Honnêtement, j'ai vraiment peur qu'un jour, il en vienne aux mains.
Je pense que ces changements de caractères sont dus à leur boulot, qui ne marche pas fort ces temps-ci et la super nouvelle que je leur ai annoncé mais bon, ce n'est pas une excuse.
Certainement pas.
Je soupire.
Le mec d'avant a laissé une odeur agréable.
J'inspire et j'expire profondément.
Ca fait du bien.
Il est maintenant plus de 12h30, il faut que je rentre si je ne veux pas semer la pagaille, comme dirait mon père.
Même si je sais quand même que, vu l'heure, je vais sûrement m'en prendre plein la gueule.
En plus aujourd'hui, ma mère a pris sa journée et elle a dû parti s'amuser avec des amies.
Seul avec mon père.
Qui sait dans quel état il sera tout à l'heure.
J'espère juste qu'il ne sera pas bourré.
Pas bourré...
Je suis devant chez moi. Une assez grande maison, il faut le dire. Je m'apprête à entrer mais j'hésite.
Oui, moi, Kira, j'hésite.
Puis j'ouvre.
J'avais raison d'hésiter.
La main de mon père atterrit en plein sur ma joue, me projetant contre le mur.
Ca fait mal.
_AIE ! Putain mais ça va pas !Une autre.
_Arrête merde !Encore une.
Putain, j'ai la joue en feu maintenant. Je sens un mal de crâne fulgurant qui me monte à la tête.
_Tu as finit de parler comme ça ? ?
_Non mais ça va pas ? Je rentre et c'est toi qui m'agresse !Il est parti pour m'en donner une quatrième mais je trouve la force de me baisser.
Il pue l'alcool.
_Tu... tu as encore bu...
_Non !
_Arrête, tu sens l'alcool à des kilomètres !Il s'approche de moi.
_Tu as fumé.
_Tu bois.
_Tu as fumé !
_Toi, tu bois.
_Tu ne me contredis pas, tu avoues que tu as fumé une putain de clope.
_Je n'ai jamais insinué le contraire. Maintenant laisse moi passer s'il te plaît, t'y est pas allé mollo et je suis fatigué.
_Donne-moi tes clopes.
_Non.
_Donne-moi tes clopes !
_J'en ai plus.De toute façon, il aura beau chercher partout, il ne les trouvera pas.
Il lève sa main, prêt à me frapper de nouveau.
Je ne bouge pas. Il n'en vaut pas la peine et je n'en ai de toute façon plus la force. J'ai mal à la tête c'est insupportable. Je n'ai qu'une envie : un doliprane ou bien quelque chose de similaire.
_Fouille-moi.Il me regarda d'un oeil noir, les pupilles dilatées et injectées de sang à cause de l'alcool, sa main toujours levée.
_Fouille-moi si tu ne me crois pas.Son regard s'adoucit quelque peu, et sa main s'abaissa.
_Monte dans ta chambre.Je soupire.
Enfin ! J'avais rien demandé moi.
Il commença à crier, avant qu'il ne change d'avis je suppose :
_Dépêche-toi, tu me dégoûtes !On se demande pourquoi...
Je me relève en chancelant, me tenant au mur et pris lentement le chemin de ma chambre, seul endroit où je pouvais espérer un peu de paix et de tranquillité.
Je ferme la porte à clef derrière moi, préférant rester seul au calme.
J'ouvris le premier tiroir de ma commode et enleva le double fond que j'avais installé.
C'est ici que je cache mes médicaments utiles (doliprane, biafine, compresses...), mes clopes (j'en cache un peu partout, pour plus de sécurité en fait), tout ça quoi.
Je pris un sachet de doliprane et deux gélules d'antidépresseur.
Ouais, je ne me sens pas bien.
Je ne suis pas bien.
Je me sers un grand verre d'eau dans ma salle de bain qui est adjacente à ma chambre et j'avale le tout.
Le doliprane a intérêt à faire effet parce que je ne me sens sérieusement pas bien.
J'ai le tournis, j'ai l'impression que le monde tourne autours de moi, que la terre tangue et n'est pas stable.
Je m'assois précautionneusement sur mon lit et prends ma tête dans mes mains, attendant que ça passe.
POV ErwanEt voila ! C'est la fin de ma pause ! Il est 13h30 et je viens de reprendre. On a eu pas mal de clients ce matin, plus que d'habitude et on attend au moins la même chose cet après-midi.
Je suis à la caisse et Seb conseille les gens mais on tourne, sinon ça devient vite embêtant.
Pfiou ! La journée se termine enfin ! On a été obligé de fermer plus tard, si bien qu'il est déjà 18h00 passé.
Je vais rentrer chez moi et me faire une pizza en regardant un film.
Ouais, c'est bien.
Pour fêter les vacances...
Après avoir salué Seb et lui avoir souhaiter de bonnes vacances, je prends ma veste, mon chapeau et m'éclipse.
Je vais aussi passer faire des courses parce que je n'ai presque plus rien à manger.
POV KiraJ'ouvre doucement les yeux. Je suis allongé sur mon lit. J'ai probablement dû m'endormir.
Je me relève lentement. Je n'ai plus mal à la tête, le médicament a fait son effet. Par contre, j'ai toujours mal à la joue.
Normal après tout.
Elle doit être bien rouge.
Il est déjà 17h45. Le temps est passé vite dis-donc !
Ou alors c'est moi qui ai beaucoup dormi...
Je pense que c'est plutôt cela.
Enfin bref, là n'est pas la question. Le problème c'est que je commence à sentir mon ventre qui crie famine.
Et moi, je veux bien le comprendre vu que cela fait depuis ce matin que je n'ai rien avalé.
Je sors de ma chambre et descends doucement à la cuisine.
Ma mère n'est pas encore rentrée.
Ah merde ! Par contre mon père dors, affalé sur une chaise, la tête sur la table de la cuisine.
Probablement en train de dessaouler. Mieux vaut ne pas le déranger. Je pense que je vais plutôt m'acheter quelque chose en ville.
Je griffonne rapidement un mot sur un petit bout de papier pour éviter que tout le monde ne s'énerve si jamais je ne suis pas là et sors.
Je m'achète un sandwich dans une boulangerie et m'installe sur le même banc que ce matin. Je commence à manger puis, quand j'ai fini, je me grille une clope. Je ne suis pas accro, je pourrais facilement m'en passer mais quand ça ne va pas, je m'en fume une, histoire de décompresser un peu.
Purée, c'est pas possible, je me suis encore endormi ! Je suis vraiment fatigué en ce moment.
Et ce putain de mal de tête qui revient ! Merde.
Je ferme les yeux à fond et serre les dents très fort. Je passe mes deux mains dans mes cheveux et j'essaye d'oublier.
Oublier...
POV ErwanJe ne me suis acheté qu'une mini mini pizza finalement. Mais avec plein de fromage !
Je passe devant le banc sur lequel j'étais assis ce matin.
Y'a un mec dessus. Il n'a pas l'air très bien. J'hésite. C'est peut-être un pédophile ? Non, il a l'air vraiment mal.
Oh et puis zut, c'est mon jour de bonté aujourd'hui !
Je m'approche doucement, pour ne pas l'effrayer, comme on approche un chiot craintif. On ne sait jamais. Il est recrovillé sur lui-même et ses mains serrent très fort sa tête, comme s'il y'avait quelque chose à l'intérieur qui le dérangeait et qu'il voulait que ça s'arrête.
Que tout s'arrête.
Il a dû me sentir ou me voir approcher parce qu'il relève faiblement la tête. Ses mèches de cheveux noirs sont collées à son front par la sueur et il respire difficilement, sa respiration est sifflante.
Il ne dit rien, il ne fait rien.
Je me sens un peu bête tout à coup.
Je ne sais pas quoi faire, je ne sais pas quoi lui dire. Alors, d'une voix que j'essaie de paraître calme et rassurante , je lui demande :
_Ca va ?____________________
Voilaaa !
C'est mon premier chapitre, j'espère que ça vous plaît <3
Merci de me donner vos avis =D
bizoux